Les différents modes de pratiques de la plongée.

Par Webmaster le 16 août 2021.

Les différents modes de pratiques de la plongée sous-marine.

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Suite à l’article sur le cursus de plongée nord-américain on a pu découvrir qu‘il existait plusieurs façons d’aborder la plongée sous-marine. Cette découverte n’en est d’ailleurs pas vraiment une car même si la plongée à des origines militaires les agences de plongée américaines ont élaboré leur stratégie dans les années 60 (1966, création de la Professional Association of Diving Instructors).
Les deux créateurs de la plongée de loisir mondiale, John Cronin et Ralph Ericson souhaitaient professionnaliser l’enseignement de la plongée et surtout développer des méthodes pédagogiques modernes et plus abordables que les techniques d’apprentissage paramilitaire de l’époque. En 1967, les premiers programmes structurés (brevet de plongeur, cours de spécialité) faisaient leur apparition.

De l’autre côté de l’atlantique, à la même époque, la plongée loisir n’existait pas réellement. Même si on pouvait la qualifier comme telle elle s’apparentait bien plus à une plongée ouvertement sportive très loin de l’enseignement proposé par les agences nord-américaines. Sur le vieux continent la plongée se développait sous l’égide des fédérations nationales adhérentes de la CMAS fondée en 1959 et dont le premier président fût Jean-Yves Cousteau.

De cette introduction on peut en déduire qu’il existe depuis bien longtemps au moins 2 manières de pratiquer la plongée, une très orientée loisir/détente et une autre plus sportive. La plongée sous-marine n’a jamais été une activité de compétition mais comme bien des loisirs on peut la pratiquer comme une simple promenade ou alors comme une course d’endurance. Pour d’autres la recherche de sensation forte sera la principale motivation. Il va s’en dire qu’entre ces différentes façons d’appréhender l’activité il existe une infinité de variantes et qu’aux extrémités on peut encore trouver des méthodes plus originales voire plus radicales. Essayons d’y voir un peu plus clair pour en définir  les contours.

Pour nous aider dans notre tâche pas besoin d’aller très loin. Nos clubs de l’intérieur et structures de bord de mer (commerciales ou associatives) nous permettent largement de découvrir toute la diversité des pratiques.

Sans entrer dans une description longue et fastidieuse des différents profils de plongeur que l’on peut trouver, il est facile de constater qu’il existe, au moins, trois grandes familles : « la plongée loisir » (au sens récréatif des écoles nord-américaines), « la plongée sportive » (qui s’apparente plus à la plongée de loisir hexagonale) et enfin « la plongée technique » qui même si elle n’a pas les mêmes frontières d’un côté et de l’autre de l’atlantique présente de nombreuses similitudes. Ceci n’a rien d’étonnant car l’enseignement technique dispensé en France est essentiellement d’inspiration anglo-saxonne.

Bernard Gardette, directeur scientifique à la COMEX avait introduit dans les années 2000 la notion d’engagement en plongée. Cet engagement se traduisait dans une formule rattachée à l’analyse des risques d’ADD (en %) en fonction du couple temps/profondeur. B. Gardette avait également classifié l’engagement selon 3 profils de plongée : loisir, sportive, technique.

Les loisirs seront principalement des plongeurs occasionnels, orientés détente et qui ne cherchent ni la profondeur ni la performance mais uniquement le plaisir des yeux et les sensations d’apesanteur et de bien-être. Leur plongée se fait toujours dans la courbe de sécurité et les paliers ne sont que de sécurité.  Les plongeurs sportifs ont une pratique plus régulière et s’entretiennent souvent tout au long de l’année. Ils plongent généralement été comme hiver et dans différents milieux (carrière, lac, mer), possèdent leur propre équipement (en totalité ou partiellement) et sont pour certains friands de roches profondes (au-delà des 40 mètres) et d’épaves. La plongée avec paliers de décompression obligatoires fait alors partie du jeux. Les tekkies sont des plongeurs plus exigeants qui aiment allez voir au-delà des zones couramment pratiquées (en terme de profondeur et/ou durée d’immersion) et qui n’hésitent pas à se former dans plusieurs écoles pour rechercher la perfection. L’entraînement est également régulier pour affiner les techniques en groupe comme en solo.

Les candidats ne sont pas figés dans une catégorie et peuvent sauter de l’une à l’autre en fonction de leurs occupations du moment. La passion peut s’estomper durant quelques temps pour reprendre de plus belle ou inversement. Les tekkies sont aussi également des plongeurs sportifs dans le sens ou il leur arrive de plonger léger avec une unique mono-bouteille sur le dos pour des plongées plus conventionnelles.

Dans ce large panel que nous venons d’aborder nous avons peut-être omis d’introduire un paramètre important; l’âge. Et oui, notre population vieillie et la plongée n’est plus réservée aux jeunes gens mais aussi aux seniors.

Pour avoir un petit aperçu de cette évolution de la population voici un extrait de la revue Subaqua N°290 de juin 2020. La répartition actuelle des générations de plongeurs a été décortiquée sur une période de 36 ans (de 1982 à 2018). En 1982, près de 70 % des plongeurs avaient entre 21 et 40 ans. En 2018, ce chiffre a été divise quasiment par deux. Dans le même temps, la tranche des 41-60 ans a doublé, passant de 20 % en 1982 à 40% en 2018. Quant à la catégorie des plongeurs de 61 ans et plus, presque inexistante en 1982, affiche actuellement un conséquent 15 %.

Cet article de Subaqua n’en fait pas mention mais il y a aussi une autre tranche qui a bien évolué, celle des mineurs accessible dès l’âge de 8 ans.

Chez les seniors on retrouve également une grande variété de pratiques qui s’étend du loisir au sportif et même à la plongée technique. Par contre avec l’âge la profondeur d’évolution diminue généralement pour finir par une plongée plus récréative voire en association avec du nitrox pour plus de conservatisme.

Ce concept de plongée récréative à la mode US nous semblait bien loin il y a encore 15 ou 20 ans de cela. Cependant depuis de nombreuses années les activités de loisir ainsi que les motivations des pratiquants se sont multipliées et la plongée, made in USA, est devenue une réalité en France. Ce modèle de plongée (très) ludique se confirme également avec l’arrivée du papy boom. Il n’est pas inutile de rappeler que l’enquête nationale de 2005 nous avait déjà montré que la plongée, en France (comme ailleurs), s’effectuait principalement dans la courbe de sécurité et avec une profondeur moyenne ne dépassant pas les 20 mètres. Cette plongée dite « récréative », longtemps méprisée chez nous et quelquefois qualifiée de plongée « Mc Do » à cause de ses origines, est une réalité depuis de nombreuses année mais reste difficile à reconnaître et à accepter pour beaucoup de cadres français.

Au final il semblerait que ces 3 catégories (loisir, sportive, technique) reflètent bien les différentes pratiques de la plongée contemporaine avec une net dominance de la première (au sens récréatif). La question est de savoir si ces 3 facettes de la plongée sont représentées dans les cursus des différentes écoles ?

Qu’est-ce qui différencie le plongeur loisir du sportif hormis les motivations et souhaits liés à l’activité ? Il y a, bien sûr, de nombreux éléments comme l’entraînement assidu ou non, l’équipement, les brevets, etc. Mais il y en a peut-être un plus central comme la formation (et en corollaire le brevet) qui sera plus ou moins exigeante et longue en fonction des aptitudes requises. On ne demandera, en effet, pas les mêmes compétences à un plongeur amené à se promener dans 15 mètres d’eau dans la courbe de sécurité et dans de bonnes conditions qu’un autre qui côtoiera les 40 mètres (et au-delà) et avec une décompression imposant des paliers obligatoires en eau froide.

Pour se faire une idée plus précise des principales caractéristiques des différents modes de pratique, nous pouvons lister ces 3 catégories par thème dans un tableau récapitulatif. Les commentaires essayerons de donner un fil directeur (non exhaustif) à chaque thème.

 

Thème Plongée loisir (récréative)
Plongée sportive Plongée technique
Type de pratique Occasionnelle. Régulière. Régulière voire très régulière.
Nbre de plongées/an De quelques plongées à une ou deux dizaines. De plusieurs dizaines à la centaine. De plusieurs dizaines à la centaine et plus.
Affinité avec la plongée La plongée est une activité qui se pratique par opportunité à l’occasion d’un séjour non loin d’un plan d’eau. La plongée fait partie des activités préférées (potentiellement une passion) et toutes les occasions sont bonnes pour tremper ses palmes. Sans ambiguïté, la plongée est une passion qu’il faut assouvir sans modération.
Motivation(s) Souhaite faire de la plongée plaisir pour le bonheur des yeux dans de bonnes conditions (club d’accueil, type de milieu, temps/saison). Ne cherche ni la profondeur ni la performance. Souhaite se faire plaisir en pleine autonomie. Aime accessoirement la plongée profonde. Voyage rime généralement avec plongée. Souhaite sortie des sentiers battus sur des sites peu plongés. Aime faire durer le plaisir au maximum sur des plongées traditionnelles. Le dépassement de soi est une composante importante.
Équipement Le plus souvent aucun mais quelquefois le matériel léger, indispensable et qui peut se garder longtemps (ordi, détendeur). Voyage léger et ne souhaite pas s’encombrer d’un matériel rarement utilisé. Possède l’essentiel au début puis s’équipe au fur et à mesure de la pratique. Le matériel évolue avec le niveau. Accessoirement, entretien soi-même son matériel. Généralement suréquipé avec du matériel moyen et haut de gamme en double ou triple exemplaire. Révise, répare et améliore son matériel pour l’adapter à sa pratique.
Entraînement Pas d’entraînement spécifique à la plongée ou alors très ponctuellement à l’occasion d’un séjour. Pratique souvent en club ou hors structure et plonge idéalement hiver comme été. Pratique souvent en club à l’année et plonge hiver comme été. Affectionne également le hors structure pour plus de liberté.
Type de plongée Généralement dans une tranche comprise entre 15 et 30 mètres d’eau max et sans palier obligatoire. Généralement dans 15 à 40 mètres d’eau et au-delà pour quelques-uns. Réalise des paliers à l’occasion mais le plus souvent de courte durée (10 à 15mn max). Plongées souvent profondes et/ou longues. Plongée sous plafond. Pratique la plongée lourde et quelquefois recycleur.
Gaz utilisés Principalement à l’air ou au nitrox (si formé)  à l’étranger. Principalement à l’air ou au nitrox à l’étranger. Le bloc de déco est peu usité. Tous types de mélanges de l’air au trimix avec une ou plusieurs décos surox.
Brevets Niveau 1, PA20, OWD, Advanced, Nitrox. Niveau 2 ou 3 pour la France. Rescue, Deep Diver et brevets tec RSTC pour faire de la plongée avec paliers (ou Nx confirmé). Le nitrox en mélange fond est essentiellement utilisé à l’étranger. Niveau 3 et brevets techniques (recycleur, trimix). Apprécie particulièrement les brevets des écoles TEK nord-américaines (TDI, GUE, etc.).
Formation(s) La formation doit-être simple et accessible. Recherche une autonomie basique (de 15 à 30m max) pour des plongées simples. La plongée encadrée doit-être un choix mais non imposée. Ne rechigne pas à faire la ou les formations ad hoc pour arriver à ses fins mais le contenu se doit d’être utile et non un faire valoir. Pour beaucoup un vrai CMAS 2* (autonome 40m)  serait l’idéal et suffisant. Les prérogatives au-delà restent généralement très occasionnelles mais appréciées quand l’occasion se présente. La formation est la pierre angulaire et le tekkie aime cela. Il n’hésite d’ailleurs pas à rechercher la perfection ou toujours comment mieux faire. Le tekkie se forme de préférence dans l’école nord-américaine ou l’offre est beaucoup plus large, plus variée et à la réputation établie.
Milieu naturel
Forte préférence pour les mers tropicales mais ne rechigne pas à plonger en France si les conditions sont à l’avenant (club, état de la mer, autonomie, etc.). Tous les types de plans d’eau, chaud ou froid, clair ou pas. Tous les types et conditions pourvu qu’on est l’ivresse.

Maintenant que nous appréhendons un peu mieux les différents modes de pratique nous pouvons revenir à la question de la réalité des 3 facettes dans les cursus des différentes écoles ?

L’objectif sera d’identifier (s’ils existent) ou d’essayer de définir les brevets et les (une ébauche de) cursus (s’il n’existe pas) correspondant à chaque catégorie.

Pour nous aider dans cette tâche nous pouvons ajouter un second tableau que l’on trouvera sur le site recycleur.free.fr dans l’article de présentation des cursus nord-américains. Ce tableau nous montre l’équivalent nord-américain du cursus loisir français (N1 à N3).

Pour comprendre le découpage présent dans le tableau il est important de rappeler les limites entre le loisir et la technique dans les cursus nord-américains. Dans le système anglo-saxon, la plongée avec décompression obligatoire est un critère qui classe une certification dans la catégorie « technique ». Le second critère est l’incursion au-delà des 40 mètres.

Profondeur (mètres) 20 (18 RSTC*) 30 40 45 50 55 60
Cursus Plongée Loisir (avec déco à partir du Niveau 2)
Cursus français Niveau 1 (encadré)
Niveau 2 (autonome)
Niveau 2 (encadré)
Niveau 3 (autonome sans DP)
Niveau 3
(autonome avec DP)
Cursus Plongée Loisir (sans déco) Cursus Plongée Technique (avec déco nitrox)
Cursus PADI/DSAT Open Water Diver (autonome) Advanced OWD (autonome)
Rescue (autonome)
Deep Diver (autonome) TEC40 Deep Diver (autonome) TEC45 Deep Diver (autonome) TEC50 Deep Diver (autonome)
Cursus SDI/TDI Open Water Scuba Diver (autonome) Advanced Diver (autonome)
Rescue (autonome)
Deep Diver (autonome) Deco Procedures (autonome) Extended Range (autonome)

 

 

* RSTC : Recreational Scuba Training Council. Regroupement des principales organisations internationales de plongée qui a pour objectif de développer les normes minimales de formation en plongée.

En regardant ce tableau on constate immédiatement un déséquilibre entre les 2 cursus (français et nord-américain).  Pour expliquer cet écart je vous propose de faire un bref retour dans le passé au début du développement de la plongée sous-marine de loisir.

En France le cursus et les méthodes d’enseignement sont directement issues du monde militaire. Les candidats de l’époque étaient jeunes et sportifs et n’avait d’ailleurs pas vraiment le choix s’ils souhaitaient découvrir le monde sous-marin. Cela signifie que le public s’est adapté aux méthodes et moyens proposés par la seule école de l’époque (années 50/60), la FFESSM. En Europe la plongée s’est développée sous l’égide des fédérations nationales et de la CMAS et rapidement les méthodes et cursus ont été définis et figées tel qu’on les connaît encore aujourd’hui.

Aux États-Unis la méthode s’est construite de façon totalement différente. Les promoteurs de la plongée sous-marine ont eu une approche commerciale et ont adapté l’enseignement aux objectifs et à la population visés. Le monsieur ou la madame « tout le monde » de l’époque n’était pas vraiment plus sportif que celui d’aujourd’hui. Ceci a conduit nos plongeurs commerciaux à développer une véritable plongée de loisir pour des ambitions sans prétention et rien que pour le plaisir. On venait se changer les idées et non pas faire du sport ou du moins pas au sens propre du terme. Cependant quelques plongeurs loisirs sont rapidement devenus des passionnés et ont cherché à aller plus loin, plus profond, plus longtemps et dans différents milieux. Quelques temps plus tard ce fût la naissance d’un autre modèle de plongée plus sportif et technique, adapté à ces nouveaux palmipèdes. Les agences nord-américaines développèrent alors des modules spécialisés issues de groupements de plongeurs chevronnés qui pratiquaient un autre type de plongée bien plus engagé. Ce fût le début des cursus de plongée technique.

Tout cela explique pourquoi les américains ont hérité d’un vrai cursus de plongée loisir suivi d’un autre plus sportif et technique. L’Europe est restée sur un modèle à dominante plus sportive que réellement loisir et ce sont les écoles US qui ont exporté, dans le monde entier, leur vision très récréative de l’activité suivie plus tard par la plongée technique. Sur le vieux continent la grande majorité des pays ont lentement suivi le pas pour proposer plus de diversité. Malheureusement un seul pays, la France, a préféré s’isoler par crainte de voir disparaître son modèle.

Armé de toutes ces données on peut maintenant commencer l’analyse des différents niveaux ainsi que les progressions offertes par les écoles françaises et RSTC. Dans un second temps on essayera de voir comment il serait possible de contenter chacune des catégories de plongeurs (loisir, sportif, technique). Pour nous faciliter la tâche nous écarterons d’office la dernière catégorie (technique) car c’est la seule qui soit vraiment commune (à quelques détails près) à toutes les écoles à partir de la filière trimix (après le Niveau 3 pour l’école française ou l’Extended Range/TEC 50 pour l’école US). Pour simplifier le sujet on peut également y inclure la plongée en recycleur.  Cette simplification nous permettra de nous concentrer sur l’équivalent nord-américain de la plongée loisir française (N1 à N3) représenté dans le tableau ci-dessus.

Les plongeurs loisirs… récréatifs :

Démarrons avec la catégorie des plongeurs loisirs au sens récréatif de l’école nord-américaine. Comme nous l’avons défini précédemment ces plongeurs souhaitent, au même titre que les sportifs, pouvoir accéder, sans discrimination, à différents niveaux de formation mais sans pour cela faire la course à la profondeur avec des entraînements paramilitaires. La plongée dans 15 à 20 mètres d’eau sera leur quotidien et occasionnellement ils pourront être amené à effectuer un passage dans une zone un peu plus profonde. Dans tous les cas la plongée restera dans la courbe de sécurité. Ces plongeurs souhaitent également accéder à l’autonomie dans les conditions qui sont les leurs, moins engagées que pour les plongeurs sportifs.

De visu on peut se douter qu’il sera plus facile de trouver ce qui est du ressort du pur loisir ou du sport dans le cursus nord-américain que dans le français. Cette remarque s’appuie sur le découpage plus détaillé (tranches de 10m VS 20m) et dense (progression avec étapes plus nombreuses) du côté nord-américain. De plus le système nord-américain, comme vu plus tôt, a été conçu dès le départ pour s’adapter à une population purement loisir (ou récréative) et ensuite sportive. On peut dire sans se tromper que l’école nord-américaine a inventé la plongée de loisir récréative.  Cette approche très ouverte et abordable a d’ailleurs permis à ‘école US de devenir la référence dans toutes les mers du globe. La branche technique est apparue plus tard pour répondre aux attentes des plongeurs loisirs confirmés qui souhaitaient aller plus loin pour découvrir de nouveaux horizons. En France, depuis l’apparition des premiers brevets fédéraux en 1958 (brevet élémentaire, 1er et 2ème échelon), le système n’a pas vraiment évolué si ce n’est l’arrivée de la qualification de plongeur autonome (actuel niveau 3) en 1983. La progression du système français en plongée loisir, seulement composée de 3 brevets (4 en comptant le RIFA Plongée) se prêtera plus difficilement à l’exercice qui nous attend. De plus le cursus français est couramment qualifié de sportif.  Ce qui nous laisserait à penser que la partie loisir récréatif est absente ou du moins peu représentée.

L’autre élément qui nous emmène dans cette voie est la dissociation en deux cursus côté US contre un seul chez nous à prérogatives et zones de profondeur équivalentes pour la plongée à l’air. En résumé, la répartition à venir semble s’annoncer plus aisée chez l’oncle SAM. A l’inverse ceci nous amènera certainement à modifier ou compléter la structure du système français pour répondre à nos attentes. Dans ce dernier cas l’objectif ne sera pas de détailler ce que devrait être le cursus mais juste d’explorer quelques pistes et imaginer une nouvelle approche.

Le cursus de base nord-américain (OWD, AOWD, Rescue Diver) correspond très bien aux définitions que nous avons établi pour la catégorie loisir récréatif… et pour cause. On remarquera également que la première formation « Open water Diver » (OWD) correspond en tous points à celle du vrai plongeur CMAS 1* en opposition au niveau 1 fédéral qui est un plongeur sans aucune prérogative d’autonomie.

Concernant ce dernier point on peut constater que la question de l’autonomie, même partielle, chez les plongeurs débutants reste difficilement acceptée dans l’enceinte hexagonal.  L’Open Water Diver fraîchement diplômé à l’étranger est généralement encadré sur les premières plongées puis acquière l’autonomie avec le temps et l’expérience. Nul besoin de refaire une nouvelle formation pour obtenir le droit de se prendre en charge. En France, tous les moniteurs ont déjà encadré des niveaux 1 expérimentés voire très expérimentés et qui avaient toutes les compétences pour devenir autonome (flottabilité, équilibre, communication, etc.).  Il leur manquait juste à acquérir (quand cela n’était pas déjà fait) quelques éléments théoriques et pratiques supplémentaires lié à l’autonomie et qui font cruellement défaut au niveau 1 français. Un plongeur formé suivant le standard CMAS 1* pourra largement gagner son autonomie fort d’une expérience de vingt ou trente plongées (à définir suivant le milieu) et particulièrement dans des conditions qui lui sont familières. Ceci est d’ailleurs déjà le cas pour des plongeurs CMAS 1* Suisses ou Britanniques (BSAC). Voilà, au moins, un point qui serait à envisager sérieusement dans l’école française. Une part plus importante de plongeurs autonomes permettrait aussi de libérer des moniteurs et guides qui font cruellement défaut dans bien des clubs.

De plus, cette révision du niveau 1 fédéral permettrait de remettre sur les rails un brevet qui a usurpé son appellation de CMAS 1* et ceci pour diverses raisons :
– il fait l’impasse sur les notions élémentaires de planification et de gestion de l’autonomie que l’on retrouve dans les standards du plongeur CMAS 1*
– il ne propose aucune autonomie ni à court, moyen ou long terme
– il peut être délivré uniquement en piscine (aucune plongée en milieu naturel) et cela malgré les standards et remarques formulées par la CMAS

Toutes les compétences du (vrai) plongeur CMAS 1* correspondent à celles d’un autonome au même titre qu’un Open Water Diver des écoles RSTC. En fait, Le plongeur niveau 1 correspond à l’aptitude PE20 (Plongeur Encadré 20m)  alors que le (vrai) CMAS 1* correspond (à quelques détails près) à l’aptitude PA20 (Plongeur Autonome 20m). Ne parlons pas de la délivrance de cartes CMAS 1* à des plongeurs n’ayant effectué aucune plongée en milieu naturel. Ces derniers ne devraient, en aucun cas, obtenir une carte  avec la double face CMAS 1*.

Un autre problème se pose également pour le faux plongeur CMAS 1*. Les prérogatives du niveau 1 sont pleinement respectés en France mais qu’en est-il à l’étranger en dehors des clubs français. Un plongeur CMAS 1* est autonome selon les standards de la confédération et on ne peut pas demander à tous les responsables de clubs étrangers de connaître les spécificités de chaque fédération. La CMAS est justement là pour donner un semblant d’harmonie entre ses fédérations adhérentes. L’autre point à soulever est que même si un encadrement est possible à l’étranger il se fera rarement selon les règles françaises (sauf dans un club français). Dans la majorité des cas un Divemaster (DM) est un guide au sens « pour montrer », « pour accompagner » mais moins (sauf formation et rares niveaux non autonomes correspondant au standard ISO level 1 “SUPERVISED DIVER”) pour chaperonner et être responsable de la sécurité des plongeurs qu’il accompagne. C’est à dire que les plongeurs guidés par un DM doivent être autonomes entre eux et donc capables, en cas de besoin, de se débrouiller seuls.

La dernière question est de savoir si une formation de plongeur encadré présente un réel intérêt ?
Le mieux n’est-il pas de dispenser une formation d’autonome et laisser au candidat le soin de décider s’il souhaite ensuite plonger en autonomie après une expérience significative ou rester encadré ad vitam æternam. N’est-il pas mieux d’éduquer directement les plongeurs pour les amener à se prendre en charge le plus rapidemment possible ? A l’opposé le plongeur niveau 1 français est constamment dévalorisé quelle que soit son expérience. Aux yeux du système français un plongeur niveau 1, même avec 500 plongées d’expérience, reste un débutant tout juste bon à barboter comme à la sortie de sa formation. Tout cela uniquement car l’apprentissage fait l’impasse sur les notions élémentaires d’autonomie indispensables à tous plongeurs. Dans tous les cas l’expérience doit pouvoir être valorisée pour changer de statut (après validation par un guide ou moniteur) sans avoir à repasser par une formation sanctionnée par la délivrance d’un nouveau brevet. On peut d’ailleurs constater qu’en France les niveaux 1 représentent à eux seuls les deux tiers des plongeurs. Une véritable manne pour les professionnels de la plongée et les encadrants de clubs associatifs.

Comme déjà expliqué dans l’article « La plongée est libre en France »  la phase d’encadrement des plongeurs français dans une zone de profondeur a été mis en place dans un objectif d’acquisition de compétences et d’expérience avant de devenir autonome (après nouvelle formation) dans ladite zone. Cette stratégie permet également et surtout de justifier la filière des encadrants (pros comme bénévoles) et de ses différents niveaux hiérarchiques. Former des guides et moniteurs c’est bien mais encore faut-il pouvoir leur donner du grain à moudre et donc du plongeur à encadrer puis former. Malheureusement si l’on regarde les statistiques de la FFESSM sur la période 2000-2018 on observe une chute vertigineuse dans la délivrance des brevets de niveau 4 (guide de palanquée) et Moniteur Fédéral 1er degré (MF1). Cette pente inquiétante, preuve d’une désaffection de l’activité et/ou d’un rejet de son mode de fonctionnement devrait nous inciter fortement à alléger la tâche des guides et moniteurs et peut-être aussi revoir le modèle.

 De mon point de vue le niveau 1 dans sa version actuelle devrait tout simplement disparaitre pour être remplacé par la formation CMAS 1*. Ceci permettrait d’être enfin en accord avec les standards de la confédération et aussi de présenter une véritable équivalence avec le premier niveau d’autonome des écoles RSTC. Le dernier point non négligeable serait également de se rapprocher des normes de plongée internationales et plus précisément l’ISO 24801-2 (Autonomous Diver). Pour clore cette partie au sujet du premier niveau de formation du plongeur on peut constater que cette étape est celle qui présente le plus de similitudes quelle que soit l’organisation. Cela n’a rien d’étonnant car ou que l’on se trouve sur la planète les techniques de base en plongée restent les mêmes. Le seul écart se trouve dans l’autonomie accordée ou non à l’issue de la formation.

Pour continuer le cursus loisir on a déjà vu que côté nord-américain le couple Advanced OWD + Rescue Diver remplira parfaitement son rôle pour permettre à nos plongeurs, d’une part de gagner en expérience puis en compétence accompagné d’un gain d’une dizaine de mètres en profondeur et cela toujours dans le cadre d’une plongée sans palier obligatoire. Le Rescue donnera surtout toutes les compétences en matière de sauvetage dans l’eau comme sur terre et de lancer la chaine des secours.

Dans la patrie de Voltaire le niveau 2 arrive logiquement après le CMAS 1*. Malheureusement le second brevet français n’apporte aucune réelle plus value par rapport à une véritable formation de plongeur CMAS 1* qui permet déjà d’accéder à une autonome à 20 mètres. De plus, la phase d’encadrement obligatoire dans la zone 20-40 ne répond pas aux besoins d’extension d’autonomie de tous les plongeurs loisirs. Initialement il était permis aux niveaux 2 d’étendre leurs prérogatives de 5 mètres (supprimé dans le CDS 2010) si les conditions étaient favorables. Dans le cadre d’une plongée de loisir ne serait-il pas préférable de permettre à notre candidat d’étendre sa zone d’évolution de 10 mètres tout en restant dans la courbe de sécurité. Dans ce cadre la formation sera plus accessible en accord avec la définition d’une plongée loisir récréative et se concentrera principalement sur l’adaptation à la profondeur et la planification de la plongée. L’extension des prérogatives par tranche de 10 mètres, sans palier obligatoire, permettra d’envisager des formations plus légères et plus ludiques que dans le cursus actuel.

Comme déjà vu, l’accès à la zone des 30 mètres sera pour beaucoup largement suffisant. L’élargissement à la limite des 40 mètres de la plongée loisir pourra cependant être considéré comme le Saint-Graal pour les plus motivés mais concernera un faible pourcentage des palmipèdes récréatifs.

La suite logique de la formation initiale du plongeur loisir se concentrera donc plutôt sur le perfectionnement de ses compétences (acquise dans le premier niveau) en autonomie pour étendre ses prérogatives. Une partie de ces compétences pourra être acquise dans le cadre de plongées à thème comme cela se fait dans certains cours de l’école RSTC. N’oublions pas que le plongeur loisir est là avant tout pour se faire plaisir. La formation doit donc être ludique autant que technique. C’est pour cette raison qu’il doit acquérir dès le premier niveau le sens de l’autonomie. La suite n’en sera que plus facile car plus légère et permettra de rendre la formation beaucoup plus attractive et tout aussi éfficace en regrad des prérogatives du plongeurs.

Pour synthétiser la partie loisir récréatif nous avons donc côté nord-américain le trio inchangé des OWD, AOWD et Rescue qui s’accorde parfaitement à notre définition initiale du plongeur loisir (récréatif). Côté français, le (vrai) brevet de plongeur CMAS 1* remplacera avantageusement le niveau 1 qui ne remplit pas les critères demandés. Suivra une formation basée sur un perfectionnement des compétences acquises au premier niveau pour une autonomie dans la zone des 30 mètres et dans la courbe de sécurité (exit la plongée avec paliers obligatoires). En équivalent au rescue RSTC (secourisme terrestre + technique de sauvetage dans l’eau) le RIFA Plongée avec un PSC1 conviendront parfaitement.

Les limites des catégories :

Avant de se lancer dans le chapitre suivant je pense que nous pouvons d’ores et déjà définir assez précisément les limites de chaque catégorie. Pour la première et comme vu précédemment les choses sont clairs et correspondent à la définition nord-américaine de la plongée loisir (plongée dans la courbe de sécurité jusqu’à 40 mètres max). La profondeur de 30 mètres est même largement suffisante pour la majorité des plongeurs loisirs. La plongée à 40 mètres restant une option qui est généralement proposée sous forme de spécialité.
L’autre définition qui semble proche du consensus est celle de la plongée technique. Comme dit plus tôt dans cet article, les plongées trimix et/ou recycleur appartiennent à la famille de la plongée technique. Reste à définir le point de départ. Côté nord-américain on a vu que la plongée avec paliers obligatoires ou au-delà des 40 mètres sont les critères. Une chose est sûre, est qu’au-delà de cette profondeur la plongée avec paliers obligatoires devient une évidence et montre que l’on entre dans un autre type de pratique mais pas obligatoirement pour de la plongée dite « technique ».
Le second critère (paliers obligatoires) marque plutôt l’entrée dans la plongée qualifiée de sportive. La plongée technique trouve plutôt sa définition dans l’accroissement de la complexité matériel. En France et pour certaines personnes, le terme de plongée technique prend un sens au-delà de la limite des 60 mètres à l’air définie par le Code Du Sport. Pour d’autres une plongée réalisée avec décompression avancée (avec bloc de déco nitrox/O2) est le point de départ. En ce qui me concerne j’adhère beaucoup plus à cette seconde définition qui correspond bien à un accroissement de la complexité matériel (et de la gestion de la planification). De même qu’un plongeur recycleur fait de la plongée technique dans 20 mètres d’eau. Cela, personne ne le contredira. Cette dernière hypothèse permet de donner une définition à chaque catégorie.
Au vu des éléments pré-cités on peut avancer une première définition des 3 modes de plongée :
Plongée loisir = plongée dans la courbe de sécurité (sans palier obligatoire) et jusqu’à la profondeur max de 40 mètres.
Plongée sportive = plongée à l’air et avec paliers obligatoires autorisés. La limite peut être variable suivant les habitudes locales. Pour la France cette limite se situe à 60 mètres.
Plongée technique = plongée réalisée avec un équipement permettant de réaliser une décompression avancée (bloc de déco nitrox, recycleur). Même si on peut faire de la plongée technique à moins de 40 mètres, il semble plus courant de voir de tels équipements au-delà de cette zone.

 

Les plongeurs sportifs :

Nous voilà arrivé à la seconde partie et la dernière de cet article. En effet, il ne faut pas oublier qu’en introduction nous avons mis de côté la plongée « technique » à partir du Trimix. Cela ne veut pas dire pour autant que tout ce qui n’est pas Trimix ou loisir est donc sportif. Mais comme dit plus haut pour les besoins du sujet présent on n’hésitera pas à bousculer un peu les habitudes.

Cette fois-ci nous allons plutôt partir avec le cursus français et voir son équivalent chez nos cousins. Et cela tombe bien car la qualification de « sportive » que l’on donne souvent à la plongée française me parait tout à fait justifiée au regard des faibles évolutions depuis la création des premiers brevets (brevet élémentaire, 1er échelon, etc.) de plongeur. En effet, comme vu plus haut les habitudes et la population qui pratique notre activité ont bien changé depuis ses débuts mais la progression dans l’enchaînement des brevets comme les voies offertes pour accéder à l’autonomie n’ont pas évoluées. Il y a bien eu quelques changements avec le Code Du Sport 2010 et l’arrivée des aptitudes mais est-ce vraiment une évolution ?  Il faut garder à l’esprit que les aptitudes ont été mises en place pour (officiellement) facilité l’intégration des plongeurs qui n’ont pas une certification reconnue et donc principalement les étrangers (ou français formés hors de nos frontières). Cette modification du CDS a été imposée par l’Europe pour répondre à une plainte de PADI en 2007. Les aptitudes ne sont qu’une décomposition des 3 niveaux de plongeur sous forme de PA/PE mais cela n’a aucunement révolutionné l’organisation des compétences ni guère plus les tranches de profondeur sur lesquelles sont basées les prérogatives. Les dirigeants fédéraux aurait pu avoir l’occasion de créer un véritable cursus loisir récréatif français mais cela aurait eu le désagréable inconvénient de trop faciliter l’intégration des plongeurs étrangers et particulièrement ceux d’obédience nord-américaine !

Bref, revenons au cœur du sujet. Dans le second tableau présenté (comparatif cursus français VS nord-américain) on remarque visuellement la progression à marche forcée dans le cursus français en comparaison de celle proposée par l’école US. Cela ne veut pas dire qu’une progression est plus efficace qu’une autre mais tout simplement qu’une des deux aura certainement plus de mal à s’adapter à tous les publics. Une progression proposant de multiples voies et étapes aura, en effet, plus de chance de convenir à un large public. Mais en contrepartie elle pourra paraître ennuyeuse pour certains. Au final cela signifie qu’il faut de la diversité dans l’offre pour contenter tout le monde sachant que les deux cursus offrent des solutions et des choix différents pour arriver à un résultat avec des prérogatives assez proches.

Toutes ces remarques nous montre que le cursus français n’a pas été pensé pour une catégorie de plongeurs loisirs récréatifs tel que nous l’avons décrite précédemment. Il a été conçu pour des gens suffisamment motivés pour atteindre un objectif qui quelquefois pourra se situer au-delà des limites qu’ils se seront initialement fixées. Partant de ce principe de bonnes aptitudes sportives seront recommandées et permettront d’atteindre le sommet avec moins de difficultés.

Des aptitudes et de la motivation, il faut en avoir dans le système français au vu de l’échelonnement pour le moins insolite. Une première étape au juste nécessaire apparaît avec un piètre niveau 1 qui n’obtient aucune autonomie ni à court, moyen ou long terme. Une mince récompense est offerte avec un second niveau qui accède enfin à l’autonomie dans une zone de profondeur rabattue par les niveaux 1 et en maigre consolation le droit de se faire accompagner plus bas. Arrive enfin le niveau 3 qui vous offre comme par enchantement le Saint Graal de l’autonomie 40 mètres plus bas. Malheureusement les contenus de formation qui semblent appartenir à une autre  époque ne sont clairement pas à la hauteur des enjeux (plongée profonde à l’air jusqu’à 60 mètres). La réglementation française, compliquée à souhait, vient cependant tempérer le tableau et les ambitions d’autonomie de ce plongeur confirmé (zone d’évolution variable avec ou sans DP).

On peut tout de même noter la bonne idée qui fût de placer un niveau d’autonome (N3) avant le guide de palanqué qui correspond au vrai CMAS***. Une progression en trois niveaux apparaît beaucoup plus logique pour accéder au maximum de la profondeur autorisée en France pour le simple plongeur. Le CMAS*** étant un brevet d’encadrant (Dive Leader) et donc hors cursus plongeur et en corollaire de peu d’intérêt pour beaucoup. Le cursus CMAS se compose en fait de deux niveaux de plongeur et un d’encadrant qui permet cependant, dans plusieurs fédérations, d’accéder à un espace d’évolution plus profond. Ceci confirme que nous sommes bien dans un progression de type sportive et non adaptée à des plongeurs récréatifs. Cependant si l’on regarde cela du point de vue de la CMAS qui a fixé la profondeur loisir à 40 mètres cela devient plus cohérent avec un premier brevet autonome à 20 mètres et le second à 30 puis 40 avec la formation adaptée. En France la profondeur max officielle de la plongée loisir est encore 20 mètres plus bas. D’où l’intérêt du niveau 3 mais avec une incohérence qui apparaît entre deux niveaux (3 et 4) qui ont la même équivalence trois étoiles. Difficile de contenter tout le monde ! Soit la CMAS proposait plus de niveaux pour que tout le monde puisse trouver palme à son pied soit toutes les fédérations nationales adaptaient leur cursus sur celui de la maison mère. Le résultat, une grande confusion dans ce système d’équivalence où tout le monde peine à s’y retrouver.

Au final le cursus français mérite bien sa qualification de sportive même si on peut regretter un échelonnement et des prérogatives manquant de cohérence. Essayons de définir un autre découpage avec une progression plus régulière. D’ailleurs cette progression existe peut-être déjà ou du moins en partie. Voyons cela !

La première formation permet d’acquérir les basiques avec toutes les techniques personnelles du plongeur. Cette partie pourra donc être commune quelle que soit le type de pratique envisagée par la suite. Pour faciliter la progression et l’acquisition des compétences à un rythme adapté à chacun la formation pourra être modulaire avec la possibilité, comme c’est le cas dans les cursus RSTC, de scinder le programme en deux parties (avec délivrance d’une certification intermédiaire). L’association des deux modules formant le premier brevet d’autonome (CMAS 1*, OWD PADI, etc.) avec des prérogatives à 18 ou 20 mètres. Par exemple chez PADI le Scuba Diver (encadré 12m) est un sous-ensemble de l’Open Water Diver qui lui correspond à la première certification historique de l’agence. Pour la France les PA/PE12 remplissent cette fonction mais sont très peu usités dans la vraie vie. Le PE20 (niveau 1) pourrait également remplir cette fonction vis à vis du vrai CMAS 1*.

Donc si on reprend le cursus français le premier programme de formation (valable pour le cursus loisir comme sportif) s’appuiera sur le vrai CMAS 1* qui pourra être décomposé en 2 parties afin de le rendre modulaire et plus accessible. Avec ce découpage le système français pourrait retrouver un plongeur encadré (PE20) correspondant cette fois à un niveau en cours de formation (vers le CMAS 1*). Le CMAS 1* étant étant le véritable objectif de formation pour une autonome à 20 mètres.

Après le premier niveau et avant de se lancer dans une plongée avec paliers de décompression le plongeur devra maîtriser les techniques de sauvetage aquatique (équivalent du RIFAP et idéalement avec un PCS1).

L’étape suivante sera calqué sur le standard du plongeur CMAS 2* de la confédération avec une autonomie à 30 ou 40 mètres suivant la formation suivie. L’accession à la profondeur de 40 mètres se fera par un complément de formation mais aussi en justifiant d’une expérience à 30 mètres. Une phase d’encadrement à 40 peut également être envisagée pour accompagner le plongeur dans ses futurs prérogatives. Plusieurs voies sont donc possibles. Comme nous sommes dans un cursus sportif la plongée avec paliers redevient d’actualité. Ce niveau sera certainement le plus usité chez les plongeurs sportifs.

 Pour les candidats les plus sportifs et passionnés le troisième et dernier brevet de plongeur pourra s’appuyer sur le niveau 3 français mais aussi et surtout sur les programmes nord-américains de formation à la plongée profonde à l’air. La référence en ce domaine étant certainement l’Extended Range de TDI pour une plongée plus ambitieuse et surtout en adéquation avec les techniques modernes de la plongée profonde à l’air au-delà de 40 mètres. Pour que cette formation soit la plus profitable possible le candidat devra être certifié plongeur Nitrox au minimum.

On peut également signaler que la CMAS possède une qualification équivalente qui se nomme « Extended Range Nitrox » qui est une reprise, à quelques détails près, de la formation nord-américaine. Ce qui veut dire que tout en restant fidèle au modèle CMAS l’école française pourrait revoir et améliorer sa vision de l’enseignement de la plongée profonde. Cette dernière étape sera cependant possible uniquement si tous les moniteurs sont certifiés nitrox. Ce qui n’est malheureusement pas le cas chez les bénévoles français. Plutôt que d’imposer aux candidats MF1 d’avoir un permis bateau coûteux qu’ils n’utiliseront jamais pour la grande majorité, il serait certainement plus avantageux de relancer la plongée nitrox en France en formant massivement les cadres à l’utilisation des mélanges suroxygénés et en proposant une formation attrayante aux futurs plongeurs profonds.

Avec ce dernier paragraphe nous arrivons au bout du cycle de plongeur sportif français. On peut constater qu’une bonne partie du cursus qui nous intéresse existe déjà et se trouve à la CMAS (plongeur 1 et 2 étoiles + Extended Range Nitrox). Il apparaît, en effet, beaucoup plus cohérent et intéressant que le modèle proposer par notre fédération délégataire. On optera donc sans regret pour ce dernier pour découvrir une plongée sportive proposant des étapes à 20, 30 puis 40 mètres. Au-delà un mixte entre le niveau 3 français et l’Extended Range (TDI ou même CMAS) complétera le tableau pour offrir une formation en adéquation avec les techniques modernes de plongée profonde à l’air.